Hans Félix SCHÄRER (1586-1636)

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Hans Félix SCHÄRER (1586-1636)

*La chasse, la danse et la promenade en traîneau
Plume et encre noire, lavis gris et brun, sur trois registres
Signé avec monogramme "Fsch" 19,7 x 32,5 cm.
Thöne, no. 153 • Provenance:
- August Laube, Zurich, d'où acquis en 1926 par Hugo von Ziegler.
Ce dessin montre trois études pour des parties supérieures de vitrail.
Elles pouvaient servir de modèles qui pouvaient être réutilisés selon la demande.
Schärer devint Maître à Zurich en 1608 et travailla dans la ville jusqu"à sa mort. Ses oeuvres sont rares mais celles qui nous sont parvenues témoignent de l'influence de Christoph Murer (1558-1614), dont Schärer fut probablement l'élève.
Note importante: Les mentions «Thöne, no. ...» à la suite des fiches technique se réfèrent au catalogue de la collection von Ziegler-Schindler rédigé par Friedrich Thöne en 1968 (Zeichnungssammlung Dr. Hans von Ziegler Schaffhausen), jamais publié mais dont la famille possède le manuscrit.
Collection VON ZIEGLER-SCHINDLER Dessins anciens
Les dessins décrits dans ce catalogue proviennent tous de la collection réunie du début des années 1920 à sa mort par Hugo von Ziegler (1890-1966), un banquier et historien d'art Suisse qui vécut toute sa vie à Schaffhausen. En 1921, il épousa Edith Schindler qui contribua activement à l'élaboration de cette collection. Grand amateur de vins et féru d'oenologie, Hugo von Ziegler fut un collectionneur multiforme. Il put réunir des ensembles exceptionnels d'argenterie de Schaffhausen et de pièces de monnaies. Mais sa collection de dessins était sans doute sa plus grande fierté. Si elle comportait quelques dessins des dix-huit et dix-neuvième siècles (voir, en particulier, l'importante feuille d'Angelica Kauffmann dans ce catalogue, lot 64), elle était tout particulièrement riche en dessins suisses des seize et dix-septième siècles préparatoires à des vitraux.
En effet, de 1500 à 1700, la forme d'art la plus importante en Suisse - celle en tout cas qui occupait les plus grands peintres - était sans doute la production de vitraux. Le vitrail a une histoire très ancienne. Il connut une apogée au Moyen-Age et fut essentiellement utilisé dans un cadre religieux, pour décorer les églises. Mais durant le quinzième siècle, se développa en Allemagne du Sud et en Suisse le goût pour des vitraux de plus petites dimensions aux sujets séculiers ou religieux pour des édifices, tels que des cloîtres (voir lot 13), mais aussi, et surtout, pour des bâtiments civils. Les sources contemporaines, tant visuelles qu"écrites, montrent que ces panneaux de verre décoraient les façades des hôtels de ville, des cours de justice, des corporations mais aussi de nombreuses maisons. Habituellement, les vitraux historiés étaient insérés dans de plus grandes fenêtres dont le reste été constitué de petits morceaux de verre blanc de formes carrées ou circulaires. Les vitraux historiés se trouvaient le plus souvent en haut de ces fenêtres, sans doute pour ne pas trop occulter la lumière.
Par rapport à la peinture, la sculpture, le dessin ou la gravure, le vitrail est un art radicalement différent dans la façon de transmettre l'image au spectateur. Le peintre-verrier obtient ses effets visuels en contrôlant et modulant la lumière qui passe à travers la surface peinte. Ceci requiert la maitrise de tout un ensemble de techniques et de compétences. La plupart des peintres-verriers sont à la fois «Reisser», c"est-à-dire ceux qui réalisent les dessins préparatoires et «Glassmaler», ceux qui peignent le verre. L'installation des panneaux peints était l'apanage d'un autre spécialiste, le «Glasser». En terme de construction, ces vitraux consistaient en un nombre relativement peu élevés de morceaux de verres, certains peints, d'autres non, joints ensembles par du plomb. En cela, ils ne différaient en rien des vitraux des églises du Moyen-Age. Mais les détails des compositions n"étaient pas seulement définis par la forme des morceaux de verre soufflés, colorés dans la masse. Ceux-ci étaient ensuite peints (parfois sur les deux côtés) et les détails étaient rendus soit directement avec le pinceau soit en grattant une partie du vernis. Les innovations techniques, en particulier l'emploi des émaux et la gravure sur verres plaqués, permettaient l'usage d'un plus grand éventail de couleurs et la possibilité de décrire les figures, les paysages et les éléments architecturaux et de décor avec bien plus de détails. Les vitraux s'apparentent alors de plus en plus à la peinture.
Le dessin jouait un rôle essentiel dans l'élaboration du vitrail. Habituellement, le dessin est aux dimensions du vitrail qu"il prépare. S"il y a parfois un tracé préliminaire à la pierre noire, l'artiste utilise surtout l'encre noire afin de créer des contours précis qu"il sera aisé de transférer sur le verre par transparence. Les tonalités peuvent être suggérées au lavis (Hans Caspar Lang a tendance à n"utiliser que l'encre noire, quasiment jamais le lavis), le plus souvent gris, mais le dessinateur emploie rarement la couleur. Celle-ci est le plus souvent indiquée par des abréviations ou des numéros (voir, par exemple, lots 7 et 11). Parfois, et de manière assez fréquente en ce qui concerne Hans Caspar Lang (voir, par exemple, lots 2 et 10), on observe un tracé à l'encre rouge (pas nécessairement exécuté par l'auteur du dessin) qui indique les contours des différents morceaux de verre à découper. Souvent (voir lots 12 et 17), un dessin préparatoire à un vitrail ne montre qu"un côté (le plus souvent, le gauche) de la bordure décorative. Lorsque le dessinateur transférait sa composition sur le verre, une fois qu"il avait tracé la bordure sur un côté, il lui suffisait de retourner le verre et de placer la partie dessinée sur le côté encore vierge pour obtenir le tracé symétrique de l'encadrement.
La popularité du vitrail en Suisse bien au-delà du Moyen-Age s'explique sans doute par le contexte politique et social si particulier à la confédération helvétique. À la différence de la plupart des pays européens, la Suisse n"était pas gouvernée par un pouvoir central incarné par un souverain mais par un complexe système de cantons et d'autorités municipales où les corporations jouaient également un rôle de premier plan. Ce système politique unique en son genre a engendré un mécénat culturel spécifique. Les cantons et les communes furent d'importants commanditaires d'oeuvres d'art et leurs dirigeants, élus ou nommés, aimaient commander des vitraux célébrant leur rôle (voir lot 52). De nombreux vitraux sont réalisés pour commémorer des mariages entre membres des familles influentes ou des alliances entre des cités ou des cantons. Les cantons suisses, bien que rattachés au Saint-Empire jusqu"au traité de Münster de 1648, bénéficiaient en réalité d'une vraie autonomie et celle-ci était célébrée par des séries de vitraux représentant chacun des cantons (voir lot 38).
Une place importante des vitraux était dévolue à la représentation des armoiries des commanditaires, que ce soient celles des cantons, des communes ou des familles. Typiquement, les armoiries des familles des deux époux étaient représentées dans un vitrail célébrant un mariage.
Dans certains cas, une partie plus ou moins substantielle du vitrail consiste en la représentation de scènes bibliques ou historiques ayant souvent une portée symbolique en relation avec le commanditaire (voir, par exemple, lot 44). Les saints patrons des commanditaires peuvent également être représentés (voir lot 13) et des figures allégoriques sont souvent figurées. Les compositions pouvaient être répétées, copiées et adaptées. Les dessins étaient d'ailleurs souvent collectionnés par des artistes (voir lot 16) qui pouvaient ainsi s'en inspirer pour leur propre production. Une grande partie des vitraux, par essence fragiles, ayant été détruits, les dessins, qui résistent mieux à l'épreuve du temps, sont aujourd'hui une source primordiale pour retracer l'histoire du vitrail en Suisse à l'époque de la Renaissance.
Tout comme pour ses collections d'argenterie et de numismatique, Hugo von Ziegler se concentra tout particulièrement sur les feuilles d'artistes actifs à Schaffhausen. Il a ainsi réuni un exceptionnel ensemble de 38 dessins de Daniel Lindtmayer, le plus célèbre, avec Tobias Stimmer, des peintres de la région (21 sont inclus à la présente vente, dont un de ses plus grands chefs d'oeuvres, une série de treize gouaches représentant Christ et les apôtres, lot 20). Hugo von Ziegler rédigea d'ailleurs le premier catalogue complet de l'oeuvre de l'artiste dans un ouvrage qui servit également de catalogue d'une exposition monographique consacrée à Lindtmayer au musée de Schaffhausen en 1952. De même, l'amateur acquit un grand nombre d'oeuvres de différents membres de la famille Lang, aujourd'hui un peu oubliés, mais qui occupèrent une place importante à Schaffhausen. La présente vente comporte ainsi quatorze dessins de Hans-Caspar Lang, artiste rarement représenté en dehors de la Suisse. L'intérêt d'Hugo von Ziegler était bien évidemment artistique et esthétique mais découlait également du fait que ces dessins, en particulier par les armoiries représentées, étaient aussi une source d'information exceptionnelle sur l'histoire de Schaffhausen.
Hugo von Ziegler ne s'en tint pourtant pas qu"aux artistes de sa ville et acquit également d'importantes feuilles par des artistes originaires de Bâle et Zurich, comme Ludwig Ringler (lot 50), Jost Amman (lots 9 et 41) et Christoph Murer (lots 13 et 24). À la fin de sa vie, le collectionneur demanda à Friedrich Thöne (1907-1975), alors le meilleur connaisseur du vitrail suisse aux seize et dix-septième siècles (il publia également en 1975 un exemplaire catalogue raisonné de l'oeuvre de Lindtmayer), de rédiger un catalogue complet de sa collection. Celui-ci n"a jamais été publié, mais nous avons pu en consulter le manuscrit, qui a été extrêmement utile dans la préparation de ce catalogue. A la mort d'Hugo von Ziegler, la collection fut conservée par ses enfants. Une partie a été dispersée il y a quelques temps à New York, chez Sotheby"s.
Toujours conservés dans des cartons à l'abri de la lumière, les dessins de la présente vente sont pour la plupart dans une condition remarquable. Ils offrent un panorama unique et un témoignage passionnant de ce que fut l'art du vitrail en Suisse aux seize et dixseptième siècles, alors qu"il connaissait un véritable âge d'or.
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