Lot 142
150 000 - 200 000 €
Résultat: 90 000 €

Birdstone Culture des Grands Lacs, Decatur…

Birdstone Culture des Grands Lacs, Decatur County, Indiana, Nord U.S.A. Ardoise. 2500 avant J.C. L. 23 cm Provenance: - Ancienne collection Edward W. Payne. Springfield, Illinois, U.S.A. - Ancienne collection du Docteur Earl Townsend, U.S.A Bibliographie: - Docteur Earl Townsend - « Birdstones of the North American Indian”. Pages 250 et 251, planche 74, figure E. - Outdoor Indiana, Mai 1969 - Page 5. Legends of Prehistoric Art(P.52). 292. Note: Comme son nom anglais l'indique, ce birdstone ou pierre-oiseau adopte une forme aviaire. Le bec de l'oiseau est pointu, le corps long se termine par une queue relevée. La représentation des ailes est ici délibérément abandonnée. On note encore l'absence remarquable des trous de fixation classiques qui ramène l'oeuvre à une dimension de sculpture d'autel, ce qui en fait une pièce sinon unique du moins importante. Dans le répertoire mondial de l'art, quelques oeuvres archéologiques seulement ont en effet le pouvoir de rester présentes dans nos mémoires, et le birdstone fait partie de ces dernières au même titre qu'une statuette cycladique, un portrait du Fayoum ou un cratère Attique. Ce type d'oeuvre qui fait appel au registre géométrique transcende en effet toutes les cultures et jette nombre de ponts culturels entre elles. Les formes géométriques du birdstone, utilisant les règles les plus pures de la sculpture, c'est-à-dire les formes de base que sont le cône, le cylindre, le triangle, n'ont d'ailleurs pu qu'intriguer les surréalistes, suivis par leurs galeristes. L'art minimaliste qui synthétise une impression, propose plus qu'il n'impose, renferme l'héritage culturel de tous les peuples et c'est ainsi qu'au cours des siècles, ces formes simples et néanmoins puissantes ont toujours séduits les plus grands artistes au cours des âges. L'approche des birdstones est ainsi l'occasion rêvée d'approcher au plus près le processus créatif de Brancusi, un artiste précurseur qui inspira les surréalistes et le Minimalisme. Ami de la galerie Levy de New York, avant guerre, on notera d'ailleurs sans surprise qu'il put probablement à loisir y admirer le birdstone des collections Julien et Jean Levy vendu à Drouot il y a maintenant un peu plus d'une décennie( voir page 35 de la Gazette 2004 n° 35).)L'équilibre des formes, l'onde de lumière parcourant l'oeuvre, présente ici sans la moindre aspérité ou détail en relief nuisant à son immersion dans l'espace, concourt puissamment à faire de cette sculpture le Chef d'Oeuvre de l'art statuaire de l'aire de la culture des Grands Lacs, il y a maintenant quatre millénaires. Le Docteur Earl Townsend qui était à cette culture ce que Rockefeller Jr était pour l'art océanien, et qui demeure officiellement à ce jour le plus grand collectionneur au monde dans ce domaine ne s'y était du reste pas trompé, acquérant l'oeuvre au termes de longues années d'attente, mais le plus grand collectionneur de birdstones au monde ne devait-il pas réellement posséder le plus grand birdstone de ce monde connu à ce jour, cette magnifique forme oblongue d'une poésie infinie ? Un enlèvement de matière véniel en bordure de la queue sinon superbe conservation et poli d'origine sans retouche. Concordances stylistiques de ce chef d'oeuvre d'art premier avec les chefs d'oeuvres de l'art moderne Par M. Fabrice Autané, historien d'art. Ces effigies de pierre sont les symboles et indiscutablement les plus beaux objets de la culture préhistorique amérindienne nord-américaine de l'est du Mississipi. Selon Williamson, l'un des spécialistes de la période, ils font partie des premiers objets d'art de l'Humanité. Enfin, « par leur ligne épurée, ils font écho à l'Oiseau dans l'espace de Brancusi, qui, un peu moins de trois millénaires plus tard, en 1926, allait provoquer la rencontre décisive de Julien Lévy avec Marcel Duchamp, le représentant de Brancusi. »(Gazette de l'Hôtel Drouot, N° 35 - 15 octobre 2004). En Juillet 1913, Brancusi part pour Londres où il expose au sixième Salon de l'Allied Artists Exhibition et en Octobre à la Doré Gallery. Il en profite pour visiter le british Museum dont les pièces d'art premier retiennent son attention. Il y rencontre le sculpteur Jacob Epstein qu'il avait reçu à Paris un an avant, ce dernier lui présente alors sa collection d'art primitif. En 1916, lorsqu'il sculpta le « princesse X » Brancusi fut influencé par le pilon avimorphe provenant de Papouasie Nouvelle Guinée, appartenant aux collections du British Museum. Le coq créé en 1924, à la crête en dent de scie a été influencé par une coiffe Bambara du mali. Pour Brancusi, la sculpture dans les arts primitifs, était synonyme de prise de liberté dans la création des formes plastiques. Sa prédilection pour la taille directe a permis à Brancusi de se détacher de l'influence de Rodin(« rien ne pousse à l'ombre des grands arbres ! »). Il a tout d'abord répudié les Arts Premiers pour revenir à des considérations plus amènes dans les années 30. A la fin de sa vie, Brancusi évoquait ses visites à différents musées d'ethnographie, à Vienne notamment et au Trocadéro en compagnie de Modigliani dont l'influence est aussi importante sur lui que la sienne propre sur ce dernier, du moins dans la connaissance des arts primitifs. A-t-il en ces années1909-1910, vu les pièces « nègres » que possédaient Matisse et Apollinaire ? Les musées germaniques, Berlin, Munich et Vienne, étaient avant la première guerre mondiale ceux qui recélaient le plus grands nombres d'artefacts provenant de l'Amérique du Nord, Brancusi venant de Roumanie et traversant ces régions pour arriver à Paris est sans doute rentré en contact avec ces objets. L'oiseau est un sujet de prédilection pour Brancusi: lui aussi a créé ses « birdstones ». Léda, la mortelle honorée par Zeus sous la forme d'un cygne, elle-même se métamorphosant sous la forme de cet oiseau, Maiastra, oiseau fée, oiseau fantastique, solaire, mythique du folklore roumain, l'Oiseau en marbre jaune, l'Oiseau d'or, tous deux issus du précédent, l'Oiseau dans l'espace, le coq, Deux Pingouins, Trois Pingouins, l'Oiselet(potelé et tronqué), l'Oiselet II... Notre birsdtone aurait pu faire partie de cette volière ! En 1939, Brancusi déclare: « J'ai éliminé les trous de la sculpture, détruisant ainsi les ombres sur la surface de l'oeuvre ». Brancusi élimine tous les éléments descriptifs tout en créant des formes épurées et lisses. Tous ces ressorts et vocabulaires plastiques se retrouvent dans notre birdstone, oeuvre d'une étonnante modernité. Alors qu'il n'a cessé de pratiquer la taille directe, Brancusi procède à un raffinement sur la surface de ses oeuvres, éliminant toute trace de cette taille direct. Il abolit les détails, créant un épannelage des plus simples et gommant toutes formes de détails, exacerbant les équilibres de ses oeuvres. Parmi toute sa volière, aucun oiseau n'a d'aile, pourtant symboles du vol, et de la légèreté, ce n'est que la forme générale du corps ou du fuselage dans l'espace qui fait recouvrer sa fonction aérienne à l'oiseau et ce, grâce à une économie de moyens. Ce design ergonomique appliqué à l'oiseau dans l'espace se retrouve là encore dans notre birdstone, objet plus cultuel qu'utilitaire. Miracle, marbre blanc créé en 1932, premier titre donné au Phoque: c'est l'élan hors de l'eau, de la jeune fille libérée de ses angoisses et qui s'écrie « miracle, je suis sauvée ! ». sa variante de 1943 en marbre gris veiné intitulé Le Phoque(II), révèle plus la fourrure de l'animal(conservé au MNAM). Cette oeuvre présente comme notre birdstone les strates du matériau, extrêmement décoratives et donnant un effet de plumage pour l'oiseau ou de fourrure pour le phoque. Fabrice Autané
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